Point de vue du Président de l’Association des Rapatriés d’Indochine.

Mon cher monsieur

Je crois que vous n’avez pas saisi l’essentiel de mon message et je vous invite à lire peut-être le texte que j’ai écrit sur les viets kieus, vous me situerez mieux après. Au point de vue théorique et politique, je me situe contre l’intégration, le pluralisme, la diversité et la mixité sociale; cette dernière est un concept par ailleurs tellement vague qu’on peut lui faire dire n’importe quoi et en général, on la fait fonctionner sur un mode ethnique. Il me semble que votre discours pêche un peu par son manque d’épaisseur sur le triple plan de la théorie politique, de la philosophie et de l’histoire, il vous manque beaucoup de repères historiques, c’est pourquoi, vous pouvez dire que nous et vous, nous ne  ne revendiquons pas la repentance, comme il vous manque cette triple épaisseur, vous vous définissez surtout comme la plupart des sans papier. Vous revendiquez ce que vous pourriez estimer un droit immuable et imprescriptible qui s’appelle le droit pour le citoyen d’aller et venir et de s’installer où bon lui semble. Il s’agit là de se prononcer carrément sur la notion d’État et sur son droit à se déterminer en tant que tel, c’est-à-dire de se déterminer encore sur la pertinence philosophique de l’État comme principe d’organisation de base de la communauté humaine. Je reviens sur la question de la repentance: la repentance est un problème qui ne peut se poser que parce que l’on a commencé à se poser la question de la réévaluation de valeurs ancrées dans l’histoire, qui fondent des pratiques politiques actuelles dont certains aspects sont discutables; ces épisodes mettent en cause essentiellement l’Occident à travers l’esclavage et le colonialisme.. Si les États ont officiellement renoncé à ces politiques racistes, certaines valeurs anthropologiques ethno européanisées résistent encore à la mort de ces politiques ségrégantes dans la sphère privée et non pas publique car les lois l’interdisent et donc, les représentants des populations concernées ont demandé l’intervention de l’État, d’où la représentation des minorités visibles dans l’appareil d’État.

En 1983, un tout petit nombre de viets dont moi-même, à titre individuel, avons participé à la création du mouvement anti-raciste (la marche de l’égalité, déjà, les viets n’y étaient pas). Je n’ai jamais participé à un quelconque mouvement viet et j’ai été dans le mouvement anti-raciste à titre tout à fait personnel. Personnellement, j’ai quitté ce mouvement assez tôt parce qu’il reproduisait la dialectique arabe/juif et donc la dialectique du conflit israelo-palestinien dont les arabes font exprès de croire que c’est un conflit qui structure dans l’absolu l’imaginaire de la révolution mondiale et dans une moindre mesure celle des relations internationales. Vous dites que vous êtes né en 1969 et que vous êtes arrivé sans papier et maintenant, vous revendiquez la France comme  étant votre pays. Ne trouvez-vous pas que vous passez un peu vite sous silence les raisons pour lesquelles vous avez quitté le Vietnam et  ne trouvez-vous pas que votre discours revendicatif concernant la responsabilité de l’État français est un peu rapide et peut-être un peu disproportionné quand même. Je trouve que les résidents ne critiquent pas beaucoup les pays d’origine, qui sont quand même la cause principale de leur exil. Je vous rappelle que le Vietnam et la France ont raté l’occasion d’évoluer dans un même cadre juridique et politique après les accords de Genève du 20 juillet 1954, c’est de la faute des deux, je devrais même dire des trois puisque le troisième larron était Ngo Dinh Diem. Je vous rappelle encore que la France a tiré définitivement les traits sur l’Indochine en tirant définitivement les conséquences pour les franco-Indochinois à travers la convention du 15 ou 25 août 1955 (définitivement caduques en 1976) sur la nationalité française. J’ai été un peu long sans doute mais vous n’avez qu’à me fixer un rendez-vous par mail et je viendrai avec plaisir.
Léon Nguyen*.

*Léon Nguyen : Président de l’Association des Rapatriés d’Indochine, l’ancien Président de la Coordination des Eurasiens à Paris, Organisateur de la Table ronde  « Les Rapatriés d’Indochine » du 29 avril 2006.

2 réflexions sur « Point de vue du Président de l’Association des Rapatriés d’Indochine. »

  1. Mr Léon ratisse large en politique mais quelle politique? Ce n’est pas étonnant que nos frères français de souche ou immigrants mais de peau plus blanche ne nous voient même pas parmi la diversité donc pas de responsabilité. Et nos intérêts ne sont pas défendus par eux y compris les diversités heureux. NORMAL, car même Mr Léon en France depuis 1952? n’encourage ses adhérents et français que de se tourner vers le passe, vivre dans le passé pour survivre? Alors que le général LACAZE était le chef suprême des armées française sous GISCARD et MITTERAND. Peut être, c’est à cause des leader comme lui que nous sommes déconsidérés alors que après 1975 TOUS les anciens dirigeants sont en France donc il y a deqoui pour participer à l’effort de la France.

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