Tribune de Léon NGUYEN

Je pense que ce texte rappelle aussi que toutes diversités  font preuve de la fraternité et sont unies pour la vie et la mort en Indochine (Laos, Cambodge, Vietnam) de la France.

Cher Cuong

Je voudrais ici donner mon sentiment sur deux ou trois messages dont j’ai été le co-destinataire et dont je considère les auteurs comme étant mes compatriotes (mes chers compatriotes, disaient les anciens Présidents de la République), voire des amis, même si on ne se connaît pas encore. Je ne prétends pas être un dirigeant politique de notre communauté franco-asiatique (elle n’existe ni sur le plan de la visibilité politique ni sur le plan organique, forcément…), je pense que j’ai été assez clair là-dessus. Je ne revendique pas une place au soleil politique de la « diversit頻 parce que pour moi, la diversité des êtres humains existait déjà bien avant la naissance de Monsieur Yazid Sabeg, commissaire à la diversité et à l’équité (voir « Race et Histoire », de Claude Levi Strauss), elle existe au même titre que la bio-diversité. Il n’y a pas lieu de parler de diversité et en parler pour se distinguer de la phraséologie polyculturaliste de la gauche relève d’une manipulation politicienne. Mon projet, le projet de mon association est simple : nous ne revendiquons pas une place de choix au sein des partis ni au sein de n’importe quelle structure de l’appareil d’Etat qui devrait soit-disant nous être attribuée en application du principe de la diversité et même de l’équité. Il appartient aux associations et non pas à un seul individu, sauf lorsque sa légitimité procède du processus électoral, de définir une stratégie de représentation d’un groupe social soit à l’UMP, soit au PS, soit au PCF soit encore au NPA et d’en négocier la parité dans les instances de pouvoir. Mais ce niveau de la revendication identitaire est fondamentalement contradictoire avec le projet des différents partis. En effet ni l’Etat ni le parti ne sont là pour caresser dans le sens du poil tel ou tel minorité et groupe social, la fonction de l’Etat est la régulation sociale, celle des partis est le choix de la forme la meilleure possible de régulation et ce choix s’effectue tous les cinq ans pour la politique nationale et tous les six ans pour la politique locale. La pratique de la démocratie me semble assez rodée au niveau de la chose politique, en France, pour que n’importe quel individu, en tant que simple citoyen, puisse exercer ses talents et ses compétences à l’intérieur soit des partis, soit des syndicats soit encore des grosses structures associatives types ONG. Le but de notre association est de défendre la très petite poignée de rapatriés d’Indochine que tout le monde laisse avec cynisme lamentablement tomber après les avoir manipulés pendant plus de 50 ans, après leur évacuation à la suite des accords de Genève de 1954. Parmi ces rapatriés figuraient des français de souche, c’est-à-dire des blancs et pas mal d’originaires des anciennes colonies et autres DOM TOM. L’accueil de ces familles franco-indochinoises par l’ancien colonisateur a été lamentable et si ces familles ont été les premiers exilés du Vietnam, c’est parce que la qualité mixte de leur ADN n’était absolument pas tolérable dans un pays en lutte à mort contre d’une part le colonialisme français et d’autre part l’influence, au Sud-Vietnam, de l’impérialisme américain qui, tous deux, empêchaient la réunification des 3 kys. La première guerre d’Indochine s’est grosso modo soldée par 90 000 morts côté français et 500 000 côté vietnamien et dans les 90 000 morts, quelques dizaines de milliers de supplétifs vietnamiens et de tirailleurs coloniaux (algériens, tunisiens, marocains, africains, antillais etc.) dont on vient seulement de reconnaître le droit à percevoir une pension « décente », à la suite de la sortie du film « Indigènes », et de plus, l’accusation de « collaboration horizontale » pouvait avoir une certaine pertinence en Indochine. Après les accords de Genève, conclus en un mois par le socialiste Pierre Mendes France (nous disons socialiste parce que droite et gauche ont mené ensemble la guerre d’Indochine, les communistes ne se retirant que quelques temps après, vraisemblablement après une réorientation de la géo-politique du Kremlin). La politique d’intégration en direction des rapatriés d’Indochine et plus tard, des harkis était inexistante en matière de logement, d’emplois, d’intégration  scolaire et de mobilité sociale si bien que, pendant 50 ans, les rapatriés de Noyant et de Sainte-Livrade ont vécu sur un mode de ségrégation raciale (corons désaffectés et séparés pour les uns et camps pour les autres. Aujourd’hui, la liquidation du camp de Sainte-Livrade est programmée sur ordre des élus locaux, dont jamais un seul n’a représenté et voulu défendre le camp et avec l’aval de l’Etat et alors que personne, au camp, n’en veut. Tous veulent la mort du camp parce que celui-ci ne rapporte plus rien (plus de main d’œuvre payée à coup de lance-pierre, plus de subventions). Revenons sur l’intégration de l’immigration vietnamienne : il y a eu deux vagues, celle des accords de Genève (45 000 réfugiés/rapatriés) et celle des accords de Paris qu’on appelle les Boats People de 1975. Dans un certain nombre d’interventions, j’ai remarqué que la fracture historique est assez nouvelle entre les deux vagues d’immigration de 1954 et de 1975,  on a un peu l’impression que ceux de 1975 ont le plus de ressentiment à l’égard des vainqueurs des Etats-Unis et datent l’histoire des Vietnamiens de France de 1975 et remercient le ministre Kouchner d’avoir affrété le navire « Ile de Lumière ». D’abord, Bernard Kouchner; qui était à l’époque président de « Médecins sans frontières » et théoricien de l’ingérence humanitaire était accompagné des vieux philosophes Jean Paul Sartre et Raymond Aron ainsi que des jeunes nouveaux philosophes Bernard Henry Lévy et André Glucksman, grands pourfendeurs médiatiques et inventeurs du nouveau métier de « philosophe télévisuels » ainsi que de la « barbarie à visage humain »; mérite certainement la reconnaissance de la part de ceux qui ont fui les révolutionnaires. On a également l’impression que, pour ceux de 1975, il n’y a jamais eu de problèmes avec la France mais plutôt avec les Etats-Unis, enfin, dans une certaine mesure car, globalement il s’agit non pas d’un problème avec les Américains mais plutôt avec le FNL et le GRP. Que les Boats People expriment leur reconnaissance vis-à-vis de la France qui les a secourus, très bien, mais de méconnaître l’Histoire au point de totalement zapper les responsabilités de la France dans le processus de la 2ème guerre d’Indochine, ne me paraît pas historiquement pertinent. Sans revenir sur toute la période coloniale avant l’éclatement de la guerre d’Indochine, il convient de remarquer que lorsque les Etats-Unis sont intervenus directement au Vietnam, ils avaient entièrement assumé la situation politique telle que l’avait laissée les français en 1956. Les Français avaient remis en selle Bao Daï au Sud-Vietnam mais les Etats-Unis, par une directive de Foster Dulles (secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères), l’avaient flanqué de Ngo Dinh Diem comme chef de gouvernement. Celui-ci eut tôt fait de dénoncer les accords de Genève et de ne rien faire pour organiser les élections de 1956 sur la réunification des 3 kys et d’organiser aussitôt la chasse aux Français et aux Franco-Indochinois. Il parvint même à évincer très rapidement Bao Daï qui, déjà, se trouvait à Cannes en 1954 et régna pendant 9 ans, jusqu’en 1963 où il fut sacrifié par les Etats-Unis (un record de longévité). Il faut savoir encore que les quatre grands (Grande Bretagne, URSS, Chine et USA), à la conférence de Postdam du 2 août 1945, ne souhaitaient pas restaurer la présence impériale de la France en Indochine (en particulier le Président Roosevelt) alors que le général de Gaulle avait prévu, à la conférence de Brazzaville  de 1944, d’y restaurer la souveraineté française. Il faut se rappeler encore que la guerre civile avait été inventée par les Français entre Hanoï et Saïgon, entre la République démocratique du Vietnam et l’Etat du Sud-Vietnam, inventé par l’amiral d’Argenlieu pour torpiller la conférence de Fontainebleau de 1946. L’Armée Sud-vietnamienne telle que le trouveront les Etats-Unis a été créée de toutes pièces par la France à la suite de la conférence de Dalat et ce fut le Maréchal Haut-Commissaire de Lattre de Tassigny qui la paracheva avec l’aide des Américains. Les Américains n’ont rien inventé sinon, et c’était encore plus grave, un second front chaud de la guerre froide, après l’éclatement de celle de la guerre de Corée en 1950, en pleine défaite française à Cao Bang et Langson. Enfin, je termine en précisant qu’il n’entre ni dans mes intentions et désirs, ni dans mes compétences de faire la critique du régime vietnamien mais, que, en revanche, il me semble tout à fait pertinent et justifié de dresser un réquisitoire des politiques nationales et locales menées en directions des rapatriés coloniaux (rapatriés d’Indochine et rapatriés d’Algérie d’origine harki ont tous été internés en camps, de la même façon que les 20 000 travailleurs Indochinois requis de 1939).
Léon Nguyen, président de l’ADRI

2 réflexions sur « Tribune de Léon NGUYEN »

  1. Salut à vous tous, dites donc, quel sérieux rappel historique quand même. dire que vous n’avez pas eu l’occasion-pour ne pas dire plus-ne servir la société française pour nous  »sauver la face » c’est pour ne pas poser la question gênante pour tous citoyens digne de cette qualification : pas de morale et dépriment devant ce gâchis circonstanciel?

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