Un africain qui retrouve ses racines au Vietnam

Savez vous que des milliers de nord et africains ont été en Indochine française dont j’ai parlé déjà dans mon article sur les Français d’origine asiatique.
Voici une histoire émouvante d’une personne et qui me soutient lorsque j’étais candidat pour être Député de Seine-et-Marne en juin 2012 :

Extrait – Dédicace du livre

À tous les soldats africains morts sur le champ de bataille au Viêt Nam. Ils ignoraient souvent la cause pour laquelle ils combattaient dans ce pays. Beaucoup y sont morts, sans véritablement laisser de traces dans la dignité, comme du bétail destiné à la consommation. Nous n’avons pas le droit de les oublier. Ils sont tombés au champ d’honneur, pour la gloire et la grandeur de la France. Une stèle funéraire, ou un mémorial, devrait être érigée pour eux dans chaque pays d’Afrique concerné. Nous avons un devoir de mémoire pour honorer ces vaillants héros d’une guerre, dont les enjeux ne les concernaient pas directement.

À tous les mutilés africains et à tous les Anciens Combattants d’Afrique de la guerre du Viêt Nam. Ils sont nombreux à vivre à ce jour en dessous du seuil de pauvreté, parfois dans une déchéance totale. Pourtant, ils ont permis d’une certaine manière à la France d’éviter une cinglante humiliation au Viêt Nam, malgré la défaite historique de Diên Biên Phu, au nord-ouest du Viêt Nam, près de la frontière du Laos. Aujourd’hui, ces valeureux vétérans vivotent. Ils perçoivent des pensions de retraite ridicules et outrageusement discriminatoires de l’Etat français. Ces allocations sont sans aucune commune mesure avec les innombrables sacrifices consentis pour la « mère-patrie » de l’époque coloniale. Des décisions ont été prises, seulement en 2007, pour corriger cette injustice, mais elles tardent à se mettre en place.

À tous les enfants et petits-enfants des Anciens de l’Indochine dont les parents ont été des soldats en provenance d’Afrique, de France ou des Etats-Unis d’Amérique. Nous sommes la manifestation du témoignage d’une période stupide et horrible de l’histoire de l’humanité. Soyons aujourd’hui la passerelle socioculturelle de la fraternité entre tous les peuples du monde.

À tous ceux qui cherchent, parfois désespérément, un parent cher, un père, une mère, un fils, une fille, un époux, une épouse, un être qu’ils chérissent. Ils peuvent avoir le cœur meurtri par l’angoisse d’un échec dans leurs investigations. Je les exhorte à ne jamais perdre espoir malgré le découragement qui les harcèle. La bataille qu’ils mènent est noble. Les crises émotionnelles sont fréquentes et parfois imprévisibles. Elles doivent fortifier leur détermination et leur pugnacité à poursuivre ce juste combat : atteindre leur objectif, contre vents et marées. La victoire finale est à ce prix.

À tous ceux qui s’y reconnaîtront d’une manière ou d’une autre, par une projection rétrospective des traitements iniques endurés et des frustrations poignantes vécues dans leur enfance ou dans un passé récent. Ils étaient à une certaine époque, et peut-être même toujours, la proie toute désignée d’une injustice flagrante de leur environnement. Quelles recommandations leur prodiguer ? Le pardon n’est-il pas la réponse à ces épreuves vexatoires et à ces pratiques oppressives ? C’est certainement une piste à explorer.

Introduction

Roger Morati est originaire de la colonie française de Côte d’Ivoire, en Afrique de l’Ouest. Comme de nombreux Africains, il est enrôlé de force comme supplétif de l’armée française. Il part pour le front au Viêt Nam, puis en Algérie. Démobilisé, il rentre en Côte d’Ivoire. Son fils, Jansen Morati, le rejoint en famille, après avoir séjourné six ans dans un établissement à caractère social. La vie du jeune Jansen prend alors une tournure dramatique.  Dans sa solitude de souffre-douleur de ses parents, Jansen cherche à s’accrocher, avec acharnement et obstination, à un point d’ancrage. L’image de sa mère, dont il n’a aucun souvenir, lui revient sans cesse à l’esprit. Il s’agrippe désespérément à cette bouée de sauvetage imaginaire. Il veut la rejoindre à tout prix, sans véritablement mesurer l’ampleur d’un tel projet démentiel.

Adolescent, son rêve utopique de gamin fait progressivement place à une volonté farouche à rechercher sa mère. Il lui faut absolument réussir ses études pour envisager sereinement une telle aventure. Jansen Morati est toutefois quelque peu perturbé par un certain nombre d’appréhensions. Des images terrifiantes et révoltantes sur le Viêt Nam s’entrechoquent sans cesse dans son esprit. Les séquences TV, montrant les bombardements au napalm des B52 américains contre la population vietnamienne l’indignent. Sa mère n’est-elle pas parmi ces victimes innocentes ? L’évacuation en catastrophe des derniers soldats américains et du personnel de l’ambassade des Etats-Unis à Saïgon le 30 avril 1975 le laisse perplexe. Il est cependant scandalisé de voir les scènes de reportage télévisé de ces nombreux Vietnamiens refoulés sans ménagement aux grilles de cette représentation diplomatique. Les troupes du Général Vô Nguyên Giap sont sur le point de s’emparer de Saïgon, la capitale du Viêt Nam du Sud. Les cris des femmes et des enfants, suppliant de les laisser franchir le portail de l’ambassade des Etats-Unis, lui transpercent le cœur. Sa mère, qui s’est probablement rangée du côté de l’Occident depuis la défaite de la France face au Viêt Nam, n’est-elle pas dans cette foule compacte ? N’y aura t-il pas des déportations et des règlements de compte après le départ des Américains ? Peut-être sa mère a-t-elle cherché à fuir par la mer ? A quel prix ? Les naufrages des « boat people » vietnamiens sont une véritable catastrophe humanitaire. Souvent ces malheureux fugitifs sont jetés à la mer par les pirates qui les attaquent pour les dévaliser. Sa mère ne fait-elle pas partie de ces victimes ? A moins que son embarcation ait chaviré quelque part, en mer de Chine ? Les chances de retrouver les traces de sa mère s’amenuisent dans son esprit, mais elles renforcent sa détermination à se rendre au Viêt Nam pour en avoir le cœur net.

Adulte, Jansen Morati focalise sa raison d’être sur un objectif extrêmement précis : réussir son parcours professionnel à tout prix. Il veut ainsi accéder à un certain statut social pour se donner les moyens financiers d’envisager un voyage au Viêt Nam. Sa promotion en entreprise est heureusement au rendez-vous. C’est une chance inespérée pour lui. Le déclic pour entreprendre ce voyage peut maintenant être enclenché. Avant de passer à l’action, des questions, de plus en plus récurrentes dans ses méditations, deviennent obsessionnelles. Comment retrouver sa mère ? Par où commencer ? Où peut-elle bien être ? Est-elle toujours en vie ? Comment les Vietnamiens vont-ils accueillir celui dont le père les a combattus pendant la guerre ? N’est-ce pas risqué d’entreprendre un déplacement au Viêt Nam ? Après maintes réflexions, la décision de Jansen Morati est prise. Il doit se rendre sur place au Viêt Nam pour rechercher sa mère et ses parents maternels.

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