Les Français d’origine asiatique

Article publié dans AGORAVOX – Le médias citoyen.

Les Français d’origine asiatique sont des citoyens de seconde zone. Ils ne sont pas représentés aux niveaux communal, départemental et gouvernemental par rapport aux autres composantes de notre nation (bien que le taux de diplômés soit meilleur et supérieur de plus de dix point par rapport à la moyenne). Ils ne sont pas représentés dans tous les échelons. Cela veut dire qu’ils ne participent pas aux prises de décisions politiques, économiques, sociales qui déterminent l’avenir de notre pays, la France mais aussi leur propre avenir et celui de leurs enfants, leurs descendants.
La France, dans le contexte de la mondialisation où l’individualisme prime, perd le repère et ses valeurs et elle va inéluctablement au mur, si chacune, chacun de nous ne réagit pas, ne se donne pas pour notre Nation. Et, pour réagir, une seule façon, c’est-à-dire d’être acteur et non spectateur.
La nation va mal, très mal. Une composante « asiatique » de la nation est écartée des décisions concernant l’avenir du pays et si les Français d’origine asiatique sont écartées, ils ne se donnent pas naturellement pour notre pays, car ils se retournent vers leurs pays d’origine.
Il faut renverser la tendance, il faut que chaque Français de toutes origines dont ceux d’origine asiatique se donnent prioritairement pour leur pays d’accueil, la France. Car c’est ici qu’ils vivent et qu’ici, ils seront enterrés.

Il convient de se rappeler l’aspect historique et analyser les raisons de cette « mise à l’écart ».

C’est vers 1620 que Richelieu suggéra au roi, Louis XIII, de s’entendre avec Rome, afin d’envoyer un missionnaire français évangéliser les Vietnamiens. En 1858, sous Napoléon III, ce sont les premières interventions militaires au Vietnam puis au Cambodge et au Laos qui forment l’Indochine française, un des fleurons de l’empire français. La France est présente aussi en Inde, dans les établissements, notamment à Pondichéry et puis, elle possède quelques concessions en Chine, surtout celle dans le Canton qui est sous l’autorité du gouverneur général d’Indochine française. En 1897, le gouverneur général, Paul Doumer – futur 14e Président de la République, créa un véritable état colonial avec les structures administratives de l’Indochine. Elle se transformera vite en une colonie d’exploitation économique en raison de la présence de plusieurs ressources naturelles qui allaient enrichir la France durant les années de sa domination sur le Laos, le Cambodge et le Vietnam.

Pendant la Première guerre, il y avait plus de 100 000 travailleurs chinois recrutés en Chine pour pallier le manque de main-d’œuvre. Et, à l’instar des autres peuples des colonies de l’empire Française de l’Afrique, 100 000 indochinois, la plupart sont des Vietnamiens, viennent en France également pour soutenir l’effort de guerre ; 60 000 d’entre eux combattrons dans les tranchées, 40 000 travailleront dans les usines d’armement. Nous pouvons voir sur le site internet réservé à la mémoire des soldats, des milliers des morts pour la France ont des noms vietnamiens. L’état-major reconnaîtra qu’ils ont été de bons soldats mais qu’ils ont été assez mal traités par leurs frères d’arme français, car ils les soupçonnent de voler leurs femmes. Après la Seconde guerre mondiale, en 1945, la France a voulu retourner en Indochine par la force. La guerre s’est terminée par la perte de Dien Bien Phu en mai 1954, a fait plus de 100 000 morts, si on compte, morts aux côtés Français, dont 45 000 soldats indochinois (armées Etat associés) et 15 000 soldats Africains et Nord-Africains. Les accords de Genève signé par Pierre Mendès France divisent le Vietnam en deux parties, le Nord et le Sud et la guerre continue aussi au Laos, jusqu’à avril 1975, pendant vingt ans encore. Au Cambodge, les khmers rouge – soutenus par la Chine, sont chassés par les troupes vietnamiennes en 1979 et la guerre civile y perdure encore de nombreuses années. Il y a eu, un mois après l’entrée des troupes vietnamiens au Cambodge, à la frontière entre la Chine et le Vietnam, une guerre fratricide pendant quelques mois entre ces deux pays sur une frontière longue de plusieurs centaines de kilomètres.

Les Français d’origine asiatique sont sur le sol de notre pays, la France, depuis le début de la Première guerre. La majorité est arrivée après la chute de Dien Bien Phu en 1954, c’est-à-dire à la fin de la colonie en Indochine (Laos, Cambodge et Vietnam) et la fin des comptoirs en territoire de Pondichery (Inde) ; Puis, après les troubles politiques en 1975, la chute du Vietnam du Sud et les changements des régimes au Laos et au Cambodge.

Il faut compter aussi une partie des Chinois du Vietnam, du Cambodge et du Laos qui ont la tradition d’aller de pays en pays. Cette population chinoise est arrivée au Vietnam en plusieurs vagues. La première se situe vers le XVIIe siècle, chassée par la dynastie Qing. La plupart des émigrants est arrivée au Sud du Vietnam qui, à l’époque, appartenait au Cambodge et était très peu peuplé. La majorité des Français d’origine asiatique est venue de l’ancienne Indochine et du Territoire de Pondichéry, en Inde, et aussi des dizaines milliers des enfants coréens adoptés par les familles françaises ; Ils sont venus également de la Chine par le passé et aussi à présent.
Nous avons vu que les Français d’origine asiatique est une composante incontestable de notre pays. Voici les principales causes de leur mise à l’écart.

La majorité d’entre eux est de la religion bouddhiste influencé par le confucianisme chinois. Le bouddhisme dont une des nobles vérités est celle de l’origine de la souffrance qui repose sur le désir (cela veut dire le désir donne la souffrance). Le confucianisme permet l’émergence d’une classification des couches de la société et veut que les gens obéissent aux puissants. Le confucianisme est un outil pour les gouvernants permettant la constitution de barrières hermétiques entre les groupes sociaux. Mais il ne faut pas oublier que l’islamophobie en France et l’Asie est le continent où vivent deux tiers des musulmans dans le monde.
Une autre partie non négligeable des Français d’origine asiatique est chrétienne. Environ 15% de la population du Vietnam, du Laos et du Cambodge sont catholiques. Tandis que la Chine, 6% de la population sont protestants. Je vous rappelle que la France est un pays catholique et nous savons tous la différence sur le rapport avec de l’argent entre protestants et catholiques en Europe ; par ailleurs, avec la présence des Etats-Unis d’Amérique pendant plus de quinze ans au Vietnam, en Indochine, les catholiques sont« américanisés », une partie d’entre eux a un rapport similaire avec de l’argent comme les protestants.

Lorsque les Français d’origine asiatique sont établis en France, par le passé colonial, le rapport entre « maitre-Français, colon, employé-jaune, paysan » existait toujours. Donc, relever la tête reste très compliqué. En plus, ils sont arrivés souvent sans rien, seulement avec les deux mains vides. C’est pour cela que pour ceux qui veulent le faire, ils montrent leur réussite à travers une belle voiture, une belle maison. Certains Chinois d’Indochine achetaient des papiers d’identité des vrais refugiés pour venir la raison plus pour ne pas « se faire exposé » (Nous avons vu le sort malheureux des milliers d’Hmongs du Laos – alliés des Français puis des Américains sont expulsés des camps en Thaïlande vers le Laos récemment).

La France, pays « civilisé » dans le passé colonial, avait pratiqué aussi le « divide et impera », diviser pour régner. Le Vietnam est ainsi divisé en trois parties. Les Vietnamiens sont utilisés pour être fonctionnaires (dans la police… ) au Laos et au Cambodge. Ainsi, les gens locaux ne traitaient leurs problèmes qu’avec les « Vietnamiens » reçus les ordres d’en haut. Et cette pratique continue jusqu’à présent, – par les Français qui se disent amis de l’Asie ! -, Et pour garder leur propre commerce, par les sinologues, les spécialistes de Chine, du Cambodge, du Laos, du Vietnam…

Pourquoi continuent-ils de les diviser ? Ils sont tous Français maintenant, et leur pays, c’est la France ! Point ! D’ailleurs, le fait que les pays d’origine de ces français ne soient pas très « démocratiques », certains parlementaires français militent aussi pour le Droit de l’Homme, (curieusement la majorité des Français d’origine asiatique se trouve dans leur ville, leur circonscription) de ce fait, c’est le meilleur moyen pour que ces Français d’origine asiatique se tournent vers leurs pays d’origine. Ces élus qui ne pensent pas à l’intérêt général, celui de la Nation, mais seulement leur intérêt personnel. Et 1975 est déjà loin, mais ces Français d’origine asiatique sont toujours considérés comme des boat people, bien que plus de 35 années soient passées et ça fait déjà trois générations depuis.

Non ! Ils ne sont plus des boat people, ils doivent être des citoyens à part entière avec leurs droits et leurs devoirs envers leur nation qui est la France. Et tous ne sont pas arrivés en France comme boat peoples. Ils sont en France depuis le début du siècle dernier et depuis les années 1950.

La France perd le repère et ses valeurs. Avec la mondialisations, l’égoïsme et l’individualisme, les Français ne reconnaissent plus la France qu’ils connaissaient, il y a cinquante ans. Il y a trop d’iniquités, trop d’injustices créées par la classe dirigeante, par ceux qui se sont nommés élites, intellectuels. La partie des élites, des intellectuels d’origine asiatique a aussi sa part de responsabilité. Les intellectuels veulent garder leur propre commerce se disent spécialistes. Les politiques d’origine asiatique de droite sont souvent bernés et dupés ; ceux de gauche, renient leur origine (interdiction de parler leur langue d’origine de la famille, de fréquenter les amis « jaunes »…). Ceux qui sont élus pourtant grâce à la place réservé à la diversité ne se considèrent pas comme diversité, évitent ainsi leurs responsabilités, ne vont pas voir comment vivent leurs compatriotes de même origine.

Les politiques et les institutions de l’Etat doivent être conscients de ce sujet – il faut que tous les citoyens participent aux décisions déterminant l’avenir de notre nation afin d’assurer de l’harmonie qui est le but intime de faire la politique.
En effet, une dose de « sagesse » dans le débat pour l’avenir de notre pays est plus que un avantage afin d’assurer la sérénité évitant les réclamations disproportionnées. Nous devons savoir tirer le bénéfice d’un héritage riche de l’histoire de la France – des centaines de milliers de gens de l’Afrique du nord, de l’Afrique noir, de l’Outre-mer ont été  en Indochine. Il y  avait un esprit fraternel. Et nous avons le devoir de retisser ce lien inoubliable pour ressusciter cet esprit fraternel qui est un des devis de notre République.

Parce que le destin de la Nation, la France  est l’affaire de tous sans exception. Participons à le construire tous ensemble.

Cuong PHAM PHU. Fondateur du Cercle de réflexion sur l’avenir des Français d’origine asiatique.

2 réflexions au sujet de « Les Français d’origine asiatique »

  1. Très bon texte Cuong et excellent rappel historique. Mais il manque l’attachement quasi-charnel « à la Libanaise » entre Français et Indochinois, qui de nourrit d’une harmonie entre cultures et civilisations respectives et de respect mutuel. Pas de relation maître / employé comme ton analyse semble parfois le suggérer.

  2. Texte pertinent et qui mérite d’être publié. Dommage que les grands médias ne t’ouvrent pas encore les portes…

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